(Photo – 2014 à Bora-Bora pendant notre tour du monde)

D’abord il y a eu le choc. Le choc de voir se réaliser quelque chose que je savais déjà au plus profond de moi.

Cela ne l’amoindrit pas, le choc.

Le problème c’est qu’il qu’il me restait de l’espoir. Des attentes pour être plus précise. Cela faisait plusieurs années déjà que le sujet n’était pas revenu sur le tapis. Alors je l’avais volontairement oublié. Comme s’il n’existait pas. Comme s’il n’avait jamais existé même. C’était plus facile de faire semblant et cela me permettait surtout de ne pas anticiper, de ne pas stresser, de ne pas avoir mal. Je voulais à tout prix éviter la souffrance que j’avais déjà vécu. La douleur de l’absence. Bien sûr je savais que la guérison était à faire en moi… mais pourquoi aller regarder où ça fait mal tant que je semblais avoir le contrôle sur les évènements extérieurs? Vaine illusion…

Je sais son côté aventurière.
Je sais son besoin de bouger.
Je sais que c’est une opportunité qui ne se refuse pas pour elle.

Mais au moment où cette possibilité prend corps dans ma vie, je ne veux pas y croire. A cet instant précis, je m’écroule à l’intérieur de moi. Je ressens un immense vide m’envahir. Cette sensation je la connais bien et je sais aujourd’hui comment l’accueillir pour la laisser me traverser rapidement. J’ai quand même envie de crier. Non n’y va pas. Ne pars pas. Ne me laisse pas. Pas encore une fois. Alors je souris. Difficilement. Je respire. Je sais qu’elle a remarqué ma faille. Et je ne veux surtout pas lui montrer. Je ressens sa peur de m’en parler. Ma peur de ne pas « bien » réagir. Je lui dis que c’est super, que c’est une proposition parfaite, que je comprends totalement son enthousiasme d’y participer. Et c’est vrai.

Nous sommes en Janvier 2019 et cette fameuse opportunité c’est de partir plusieurs mois pour convoyer un voilier depuis la France jusqu’à Tahiti. Plusieurs mois sur les océans Atlantique et Pacifique, sans possibilité de communication et avec très peu d’escales prévues. Plusieurs mois sur un voilier avec 3 autres femmes, dont une seule a l’expérience de la navigation.
A ce moment là, je me dis que c’est fou. Que c’est excitant. Que c’est impossible. Que c’est dans longtemps. Que peut-être cela n’aura pas lieu.
Y penser et anticiper son absence est douloureux.
Alors je préfère oublier.

Au début je me suis sentie rejetée. Pourquoi ne m’avait-on pas proposé de participer à cette aventure? Pourquoi ne serais-je pas l’une des co-équipières embarquées sur cette étendue bleue pendant quelques mois? Je me suis sentie rejetée de n’être pas conviée à la fête. Et puis elle me dit que ma peur de l’eau est, à priori, un no-go pour ce voyage. Ok sur ce coup là c’est bien vu. Mais moi j’ai eu l’impression qu’on prenait la décision à ma place.

Et si je n’avais pas peur?

Ce serait différent? Et si… et si… tu connais la suite.

Je refuse que mes peurs soient aux commandes de ma vie. C’est une décision que j’ai prise il y a quelques années et même si l’eau n’est pas mon élément favori, je ne veux pas que cette peur soit à l’origine de plusieurs mois de séparation. Par un hasard, auquel je ne crois plus depuis longtemps, l’un de mes clients à ce moment là est un libérateur d’émotions selon ses termes. Aucune phobie ne lui résiste! Une séance plus tard et je me retrouve à attendre le jour prévu de la sortie piscine en famille avec impatience. Je me découvre à avoir envie de nager sous l’eau et même à kiffer ça. Du jamais vu!

Sur ce point, tu dois savoir que je pars de très… très… très loin. Encore plus loin que ce que tu viens juste d’imaginer. Prendre un bain il y a quelques années c’était m’allonger dans une flaque d’eau de quelques centimètres, au mieux. Et dans la douche, impossible de mettre le jet face à mon visage. Entre temps, un tour du monde et un premier niveau de plongée en poche, j’ai déjà dépassé la peur panique et je me retrouve avec seulement une appréhension. La séance avec Olivier effectuée, et cette appréhension a complètement disparu. Il me guide en état modifié de conscience sur un voilier en plein océan. Je me sens bien. Il me guide à tomber de ce même voilier et à me retrouver sous l’eau. Je suis toujours ok. Mon coeur ne s’emballe plus et je me vois simplement remonter à la surface avec aisance. Je n’ai plus peur.

Et maintenant? Cette traversée, j’y vais ou j’y vais pas?

Les quelques personnes à qui nous parlons du voyage sont sous le charme, enthousiastes, s’extasient sur cette aventure hors du commun à ne surtout pas rater. Devrais-je avoir envie d’y participer? Je ne comprends pas pourquoi tout le monde semble croire que c’est LE voyage à faire. Je jalouse secrètement la reconnaissance et l’admiration envers les courageuses qui prendront le départ en Décembre 2019. Et je m’interroge intérieurement.

De quoi ai-je vraiment envie?
Participer pour l’aventure en elle-même?
Y aller pour être avec elle?
Obtenir la reconnaissance que l’on donne aux grands aventuriers?

De quoi ai-je vraiment peur?
Partir en laissant mes enfants quelques mois chez leur père, encore une fois?
Me retrouver en plein océan et en pleine tempête?
Rester et me sentir seule?

Après moult discussions avec moi-même, force est de constater que cette aventure en tant que telle ne m’attire pas. J’aime infiniment voyager mais je n’ai jamais aspiré à une carrière d’apprentie Florence Arthaud. L’océan est mon ami-ennemi depuis mon enfance aux Sables d’Olonne colorée par les grands voiliers prêts à prendre le départ du Vendée Globe. L’admiration pour ces navigateurs intrépides et courageux. Mes premières larmes aussi lorsque l’un d’entre eux ne reviendra pas.  Je me souviens de son magnifique bateau noir et je feuilletai avec attention le prospectus de son entreprise de Yachts, c’était mon favori. *Nigel Burgess, navigateur et homme d’affaires britannique, prend le départ du Vendée Globe en 1992. Peu après le départ, une violente tempête s’abat sur le Golfe de Gascogne. Burgess déclenche sa balise de détresse le soir du 25 novembre au large du Cap Finisterre. Il est retrouvé noyé dans sa combinaison de survie, le lendemain, à un mille de son bateau coulé.* Enfant et adolescente plutôt protégée, la mort ne m’avait alors jamais touchée d’aussi près.

Je n’ai pas envie de traverser les océans sur un catamaran. Quelque soit le pourquoi du comment, je m’en fous.

Je n’irai pas.

Ma décision est prise. Je me sens plus légère. Enfin, pour ce qui est de cette partie là. Le fait qu’elle parte, comme je l’ai dit plus haut, j’ai préféré l’oublier…

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